Chaque année, le mois de septembre passe presque inaperçu dans les conseils « spécial oiseaux ». Tout le monde parle du nourrissage hivernal ou des nichoirs à installer au printemps.
Pourtant, septembre est le moment le plus stratégique de l’année pour préparer votre jardin à devenir un vrai refuge — celui où les oiseaux terminent leur mue, où les jeunes de l’année cherchent encore leurs repères, et où les futurs habitants d’hiver commencent déjà à repérer les bons garde-mangers.
Voici comment transformer ce mois charnière en véritable tremplin pour la biodiversité de votre jardin.
Sommaire de cet article
Pourquoi septembre est le mois le plus stratégique (et le plus oublié)
La saison de nidification vient de s’achever, les oiseaux terminent leur mue post-nuptiale — une période où ils dépensent énormément d’énergie pour renouveler leur plumage avant l’hiver — et les premiers migrateurs partiels commencent à se rapprocher des habitations.
C’est aussi le moment où les populations sont les plus fragiles : les jeunes de l’année n’ont pas encore acquis tous les réflexes de survie, et les adultes, affaiblis par la reproduction et la mue, ont besoin de ressources fiables.
Selon le premier baromètre de l’avifaune publié par la LPO, les oiseaux communs ont diminué de 18,2 % en 25 ans en France, un déclin porté à 90 % par les passereaux (hirondelles, mésanges, alouettes). Le Muséum national d’Histoire naturelle évoque même -28 % d’oiseaux depuis 1989 dans les villes et campagnes françaises.
LPO — Baromètre de l’avifaune 2026 / MNHN
Ce n’est donc pas un hasard si votre geste, aussi modeste soit-il, compte vraiment. Chaque jardin aménagé en septembre est une case cochée sur la carte de la biodiversité ordinaire — celle que la LPO considère aujourd’hui comme un indicateur plus fiable que les espèces rares en réserve.
1. Nettoyer les nichoirs : le geste de septembre par excellence
C’est LE réflexe que la majorité des jardiniers oublient. Si vous avez installé un ou plusieurs nichoirs ce printemps, la fin de l’été est le moment idéal pour les nettoyer, avant que les premiers frimas n’arrivent. Un nichoir non entretenu accumule parasites, vieux nids et déjections qui peuvent décourager — voire mettre en danger — les prochains occupants.
- Vérifiez d’abord que le nichoir est bien vide (parfois occupé par des insectes ou de petits mammifères).
- Videz-le entièrement et brossez l’intérieur avec une brosse métallique douce.
- N’utilisez ni eau de javel ni produit chimique — de l’huile de lin suffit pour protéger le bois.
- Contrôlez l’état général : fissures, trou d’envol abîmé, fixation qui a bougé.
???? Bon à savoir
La LPO recommande d’installer les nouveaux nichoirs dès le mois de novembre, et non au printemps comme on le croit souvent. Certaines espèces comme la mésange choisissent leur futur site de nidification dès l’automne, et d’autres, comme le troglodyte mignon, s’y abritent carrément pour passer l’hiver. Profitez donc de septembre pour repérer les bons emplacements : orientation sud ou sud-est, à l’abri des vents dominants d’ouest, entre 2 et 5 mètres de hauteur.
2. L’eau, la ressource la plus négligée de la rentrée
On pense toujours à la nourriture, rarement à l’eau. Pourtant, après un été souvent sec, les points d’eau naturels se raréfient au moment précis où les oiseaux en ont le plus besoin pour boire, mais aussi pour se baigner et entretenir leur plumage fraîchement renouvelé.
- Installez une simple soucoupe large et peu profonde (3 à 5 cm d’eau suffisent).
- Placez-la en hauteur ou sur un support stable, à l’abri des chats.
- Changez l’eau tous les 2 à 3 jours pour éviter la prolifération de bactéries.
- Ajoutez une pierre plate au centre pour permettre aux plus petits oiseaux de se poser sans risque de noyade.
3. Nourrissage : pourquoi il ne faut (presque) pas encore commencer
C’est le point qui surprend le plus. En septembre, la nature offre encore suffisamment de ressources : graines de fleurs fanées, baies, insectes. Un nourrissage trop précoce et mal dosé peut même perturber les comportements naturels des oiseaux, qui doivent continuer à chercher leur nourriture par eux-mêmes tant que le climat le permet.
Les associations ornithologiques s’accordent : le nourrissage régulier n’est vraiment utile qu’à partir des premières gelées.
En revanche, rien ne vous empêche de préparer le terrain dès maintenant : nettoyer et positionner les mangeoires, tester les emplacements, et surtout, éviter certaines erreurs classiques.
| À privilégier | À bannir absolument |
|---|---|
| Graines de tournesol, millet | Pain (frais ou sec) |
| Fruits secs non salés (noix, amandes concassées) | Lait ou produits laitiers |
| Boules de graisse végétale sans filet plastique | Charcuterie, restes salés |
| Raisins secs non sucrés | Pâtes, riz cuits |
Le filet en plastique autour des boules de graisse mérite une attention particulière : il représente un vrai risque de blessure ou de strangulation pour les pattes des oiseaux. Préférez des distributeurs en métal ou en bois réutilisables.
4. Résistez à l’envie de tout tailler
Septembre est encore un mois de grand ménage au jardin pour beaucoup d’entre nous. C’est justement l’erreur à éviter.
Laissez les tiges des fleurs fanées sur pied : leurs graines nourrissent chardonnerets, verdiers et pinsons pendant plusieurs semaines. Un rosier non taillé garde ses cynorhodons, un lierre en fleur tardive attire encore les derniers insectes dont les oiseaux ont besoin pour finir leur mue.
- Reportez la taille des haies et arbustes après octobre, une fois la nidification et la mue bien terminées.
- Laissez un coin d' »herbes folles » non tondu : il abrite les insectes qui nourrissent encore les jeunes oiseaux.
- Plantez dès maintenant des arbustes à baies d’automne : sureau, cornouiller, aubépine ou troène, qui fructifieront pile pour l’hiver suivant.
5. Anticiper la prédation domestique
Avec le retour des beaux jours de septembre, les chats domestiques sont souvent plus actifs au jardin. Or les jeunes oiseaux, encore maladroits, sont les premières victimes. Quelques aménagements simples limitent fortement les risques :
- Installez un collier à clochette (efficace, mais non systématique) sur vos propres chats.
- Placez mangeoires et points d’eau en hauteur, loin des cachettes basses (buissons touffus, murets).
- Utilisez des manchons anti-grimpe sur les pieds d’arbres accueillant des nichoirs.
6. Devenez acteur des sciences participatives
Depuis 1989, le programme STOC (Suivi Temporel des Oiseaux Communs), mené par le Muséum national d’Histoire naturelle et la LPO, s’appuie en grande partie sur des observateurs bénévoles pour mesurer l’évolution des populations de 123 espèces communes en France.
Un simple comptage régulier depuis votre jardin peut contribuer à cette base de données nationale, via des programmes comme l’EPOC (Estimation des Populations d’Oiseaux Communs).
????️ Checklist express de septembre
- Nichoirs nettoyés et vérifiés
- Point d’eau propre installé
- Mangeoires repérées, prêtes pour l’automne
- Fleurs fanées et tiges laissées sur pied
- Un arbuste à baies planté pour l’hiver prochain
- Mangeoires et eau à l’abri des chats
En résumé : un jardin qui anticipe plutôt qu’il ne réagit
L’erreur la plus courante est d’attendre les premiers froids pour s’occuper des oiseaux du jardin. En réalité, tout se joue en septembre : c’est le mois où l’on nettoie, où l’on observe, où l’on plante et où l’on prépare les futurs abris — sans nourrir trop tôt, sans tailler trop vite.
Face à un déclin des oiseaux communs mesuré et documenté année après année en France, chaque jardin compte. Le vôtre peut, dès ce mois-ci, devenir une étape essentielle sur leur route vers l’hiver.

