Fin de saison, les rangs de fraisiers ressemblent souvent à un plat de spaghettis : des tiges fines partent dans tous les sens et plantent des rosettes de feuilles un peu partout, y compris dans les allées.
C’est le moment d’agir, parce qu’un stolon repiqué maintenant a encore plusieurs semaines de sol tiède devant lui pour s’enraciner avant l’hiver.
La règle courte, pour ceux qui veulent aller vite : gardez le premier stolon de chaque coulant, celui qui est le plus proche du pied mère, et coupez le reste. C’est lui qui a reçu le plus de sève, il a la couronne la plus large et les racines les plus avancées.
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Pourquoi septembre est la bonne fenêtre
Un fraisier repiqué en automne profite d’un sol encore chaud et d’une atmosphère plus humide qu’en plein été. Les racines poussent sans que la plante ait à soutenir des feuilles en pleine canicule. Résultat : au printemps, le plant démarre avec une motte déjà installée et peut produire dès la première année, là où un plant posé en mars reste souvent chétif et donne peu.
Si vous habitez une région froide, en altitude ou dans le Nord-Est, visez plutôt le tout début de la fenêtre et n’attendez pas que les nuits fraîchissent franchement.
Dans le Midi ou sur la façade atlantique, vous avez davantage de marge, l’enracinement se poursuit tard.
Au-delà d’une certaine date, quand le sol ne réchauffe plus, mieux vaut mettre les jeunes plants en godet à l’abri d’un mur ou sous châssis froid et repiquer au printemps. Un stolon planté trop tard se déchausse au premier gel et on le retrouve couché au sol, racines à l’air.
Les pieds mères que l’on ne multiplie pas
Avant de choisir un stolon, regardez d’où il vient. Multiplier un pied malade, c’est fabriquer dix pieds malades.
- Feuilles gaufrées, jaunies entre les nervures, port nain : suspicion de dégénérescence virale, on ne prélève rien.
- Pied de plus de trois à quatre ans, qui a donné des fruits de plus en plus petits : il est en fin de course, ses stolons le seront aussi.
- Taches brunes généralisées, cœur qui noircit, plant qui se dessèche malgré l’arrosage : écartez.
- Pied qui a bien fructifié cet été, feuillage vert franc, couronne courte et large : voilà le bon candidat.
Sur une planche saine, un pied vigoureux produit facilement cinq à dix coulants. N’en conservez que trois ou quatre maximum : le reste épuise la plante mère pour rien, surtout si vous comptez la garder encore une saison.
Reconnaître un stolon vraiment vigoureux
Un coulant émet généralement plusieurs rosettes en chapelet. Toutes ne se valent pas, et la différence se voit à l’œil nu.
Le rang compte. La première rosette après le pied mère est la mieux nourrie. La deuxième reste correcte. La troisième et les suivantes sont presque toujours maigres : couronne fine, deux petites feuilles, un départ de racines à peine visible.
Elles finissent par donner des plants qui mettent un an à rattraper leur retard.
Les repères à vérifier, rosette par rosette :
- Trois à quatre feuilles bien étalées, pas deux feuilles minuscules encore enroulées.
- Une couronne — la zone épaisse entre feuilles et racines — large comme un crayon plutôt que comme une allumette.
- Des racines déjà présentes, blanches ou crème, jamais brunes ni molles. Soulevez doucement la rosette : si elle résiste un peu, elle est accrochée.
- Un pétiole court et trapu. Les tiges longues et pâles signalent une rosette qui a poussé à l’ombre d’un feuillage trop dense.
Si une rosette s’est enracinée dans une allée tassée ou sur une bâche, elle n’a probablement que des radicelles symboliques. Elle peut quand même servir, mais passez-la par la case godet au lieu de la planter directement en pleine terre.
Sevrer sans brutaliser
Le sevrage consiste à couper le cordon qui relie la rosette au pied mère. Deux écoles, et les deux fonctionnent.
La méthode progressive, la plus sûre : dix à quinze jours avant le repiquage, sectionnez le stolon côté pied mère, en laissant la rosette en place dans le sol. Elle continue à s’enraciner, mais pour son propre compte. Quand vous la prélèverez, elle sera déjà autonome.
La méthode directe : on coupe et on repique dans la foulée. Praticable si la rosette est bien pourvue en racines, à condition d’arroser immédiatement et de l’ombrer deux ou trois jours si le soleil tape encore.
Dans les deux cas, coupez net avec un sécateur propre ou des ciseaux, à deux ou trois centimètres de la rosette, et retirez ensuite ce moignon ainsi que le prolongement du coulant vers les rosettes suivantes. On laisse souvent traîner ces bouts de tige, qui pourrissent et attirent l’humidité au pied du plant.
Le repiquage, geste par geste
Matériel : un sécateur, un transplantoir, un arrosoir à pomme, éventuellement quelques godets de 9 cm et du terreau. Rien d’autre.
- Préparez la place d’accueil : ameublissez sur une vingtaine de centimètres, retirez les racines de vivaces, incorporez deux à trois poignées de compost mûr par plant. Évitez le fumier frais, qui fait de la feuille au détriment des fleurs.
- Prélevez la rosette avec le plus de terre possible, en glissant le transplantoir dessous. Travaillez sur un sol légèrement humide, jamais détrempé.
- Creusez un trou large, étalez les racines sans les recourber en crosse. Si elles sont très longues, raccourcissez-les d’un tiers plutôt que de les plier.
- Positionnez le collet au ras du sol : le cœur du plant doit rester visible, mais les racines entièrement couvertes. Trop enterré, il pourrit ; trop haut, il sèche. C’est l’erreur la plus fréquente et la plus pénalisante.
- Tassez à la main autour du plant, puis arrosez généreusement pour coller la terre aux racines, même si le temps est couvert.
- Paillez légèrement une fois le sol ressuyé, sans recouvrir le cœur.
Côté distances : comptez 30 à 35 cm entre les plants sur le rang et 60 à 70 cm entre les rangs pour les variétés classiques. En bac ou en jardinière, un plant pour 4 à 5 litres de substrat, pas moins.
Changez de planche plutôt que de replanter au même endroit. Les fraisiers reviennent mal sur eux-mêmes, et un intervalle de trois à quatre ans limite la fatigue du sol.
Les dix jours qui suivent
Le feuillage peut se ramollir un peu au début, c’est normal. Ce qui doit vous alerter, c’est un plant qui se couche entièrement et ne se redresse pas le lendemain matin.
Arrosez tous les deux ou trois jours tant qu’il ne pleut pas, en mouillant au pied et non sur les feuilles. Supprimez les fleurs qui apparaîtraient en arrière-saison : elles tirent sur des réserves dont le plant a besoin pour ses racines. Les anciens pieds, eux, méritent au même moment un nettoyage des vieilles feuilles ; c’est la logique décrite dans l’entretien des fraisiers après la récolte, qui prépare autant la planche actuelle que les futurs coulants.
Quand la reprise se fait attendre
Trois semaines sans la moindre feuille nouvelle, c’est le signal qu’il faut regarder de plus près. Déterrez délicatement un plant témoin.
Racines brunes et cassantes, terre collante : excès d’eau ou sol trop lourd. Rehaussez la planche de quelques centimètres, ajoutez du compost grossier, et espacez les arrosages.
Racines intactes mais aucune nouvelle pousse : le plant dort, souvent parce qu’il a été prélevé trop tôt ou avec trop peu de racines. Laissez-le, arrosez modérément, il repartira au printemps avec un décalage.
Plant qui se déchausse, légèrement soulevé hors du sol : le gel ou l’arrosage a fait son œuvre. Retassez à la main, remettez le collet au bon niveau et paillez.
Cœur noirci et odeur de moisi : celui-là est perdu, retirez-le pour éviter la contamination. C’est précisément pour cette raison qu’il est utile de repiquer un tiers de plants de plus que nécessaire, quitte à offrir le surplus ou à le garder en godet comme réserve.
Un bon stolon ne se juge pas à la taille de ses feuilles mais à l’épaisseur de sa couronne et à la blancheur de ses racines.
Organiser le renouvellement sur plusieurs années
Le plus simple est de travailler par tiers. Chaque automne, on remplace environ un tiers de la fraiseraie par de jeunes plants issus de stolons, on garde les pieds de deux ans, et on arrache ceux de trois ou quatre ans. La production reste stable au lieu de s’effondrer tous les quatre ans d’un coup.
Tenez une note de l’année de plantation de chaque rang, un piquet marqué suffit. Sans repère écrit, tout le monde finit par confondre les générations, et on se retrouve à multiplier justement les pieds qu’il fallait éliminer. Tous les quatre ou cinq ans, il reste judicieux de racheter quelques plants certifiés pour réintroduire du matériel sain dans le circuit.
Retenez l’essentiel
- La rosette la plus proche du pied mère est la mieux nourrie : c'est elle qu'il faut conserver en priorité, les suivantes donnent des plants chétifs.
- Un stolon prêt à repiquer possède trois à quatre feuilles étalées, une couronne épaisse et des racines blanches et fermes.
- Le collet doit rester au ras du sol après plantation : enterré, il pourrit ; déchaussé, il sèche.
- Sevrer le stolon dix à quinze jours avant le prélèvement, en le laissant en place, sécurise la reprise.
- Renouveler un tiers de la fraiseraie chaque automne évite la chute brutale de production au bout de trois ou quatre ans.

