Abeilles butinant les fleurs vert-jaune d'un lierre adulte sur un mur de pierre, devant un massif d'asters en automne
Jardin

Les fleurs qui font encore manger les abeilles quand l’été s’en va

Capucine Dubois Rédacteur · Potager Caillebotte

Bonjour, je m'appelle Capucine et j'ai 25 ans. Je suis passionnée par le jardinage, la culture de potager et la décoration intérieure. Sur mon site,…

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Les grandes floraisons de juin se sont tues, les lavandes sont sèches, et pourtant le bourdonnement ne s’arrête pas. Il se déplace. À cette période, l’essentiel des visites se concentre sur un petit nombre de plantes : le lierre en fleur, les asters, les sédums d’automne, les sauges arbustives, le lierre terrestre des murs et les ombellifères montées à graines.

Si vous n’avez le temps que pour une observation cette semaine, regardez un vieux mur couvert de lierre entre la fin de matinée et le milieu d’après-midi : c’est là que se joue la majeure partie du ravitaillement.

La logique de l’arrière-saison est simple. Les journées raccourcissent, les matinées sont fraîches, les insectes volent sur des créneaux plus étroits.

Une fleur utile en septembre-octobre doit donc être accessible, groupée en masse, et ouverte au moment où la température remonte. Une floraison isolée au fond du jardin sera souvent ignorée.

Qui butine encore à cette saison

Parler d’« abeilles » en automne mélange des réalités très différentes. L’abeille domestique reste active tant que la température permet le vol et stocke pour l’hiver : ses butineuses sont les plus visibles sur le lierre.

Les bourdons sont l’autre groupe majeur, avec un enjeu précis : les jeunes reines doivent se gorger de nectar et de pollen avant d’hiverner seules dans le sol ou un talus. Une reine mal nourrie en octobre, c’est une colonie en moins au printemps.

À côté, beaucoup d’abeilles sauvages solitaires ont déjà bouclé leur cycle en juillet ou août : leurs descendants attendent sous forme de larves ou de nymphes dans une tige creuse, un trou de bois ou une galerie de terre.

Quelques espèces tardives restent en activité, souvent liées aux Astéracées. S’y ajoutent les syrphes, dont les adultes se gavent de pollen, les papillons de fin de saison comme le vulcain, et les guêpes sociales qui finissent leur année sur les fleurs ouvertes et les fruits blets.

Conséquence pratique : viser la diversité de formes de fleurs plutôt qu’une seule espèce « miracle ». Les corolles plates et ouvertes servent aux syrphes et aux petites abeilles ; les fleurs tubulaires des sauges conviennent aux bourdons à longue langue.

Le lierre, la cantine de l’arrière-saison

C’est la plante la plus sous-estimée du jardin français. Un lierre adulte, celui qui a atteint le haut d’un mur ou d’un tronc et développé ses rameaux buissonnants à feuilles entières, produit des ombelles verdâtres discrètes mais extrêmement visitées. Nectar et pollen abondants, à une période où presque tout est fini.

Le geste décisif n’est pas de planter, mais de ne pas tailler le lierre avant qu’il ait fleuri et fructifié. Beaucoup de jardiniers le rabattent en septembre par réflexe d’ordre, supprimant d’un coup la ressource principale du quartier.

Si une coupe est nécessaire pour dégager une gouttière ou une fenêtre, limitez-la à la portion gênante et reportez le reste à la fin de l’hiver, après que les merles et grives ont consommé les baies.

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Le lierre ne tue pas les arbres sains : il s’appuie, il ne parasite pas. Sur un arbre déjà affaibli ou sur un enduit fissuré, la prudence se justifie, mais un mur de clôture solide, un vieux hangar ou un tronc mort font des supports parfaits.

Vivaces et annuelles qui tiennent jusqu’aux premières gelées

Pour étoffer l’offre, quelques valeurs sûres se repèrent facilement en jardinerie à cette saison, en godet ou en conteneur, et s’installent très bien maintenant car le sol est encore tiède.

  • Asters (aujourd’hui Symphyotrichum pour beaucoup) : la famille la plus rentable en nectar tardif, du petit aster nain aux hautes touffes d’un mètre vingt. Plantez-les par groupes de trois minimum, l’effet de masse attire bien davantage.
  • Sédum spectabile et apparentés : plateaux de fleurs roses envahis de bourdons, d’abeilles et de papillons, et très résistants à la sécheresse.
  • Sauges arbustives et herbacées (Salvia microphylla, S. uliginosa, S. greggii) : fleurissent jusqu’aux gelées dans la plupart des régions, précieuses pour les bourdons.
  • Hélénium, rudbeckia, échinacée : encore quelques fleurs si on a supprimé régulièrement les tiges défleuries en août.
  • Nepeta et origan : rabattus fin juillet, ils remontent souvent en septembre avec une floraison plus légère mais très visitée.
  • Cosmos, bourrache, calendula, phacélie semés en été : les annuelles de l’arrière-saison, qui fleurissent jusqu’au premier vrai coup de froid.

Pour les achats de saison, les arrivages de vivaces et de bulbes se multiplient en ce moment ; les offres de plantes et fleurs d’automne permettent de compléter un massif à petit prix, à condition de choisir des variétés à fleurs simples et de vérifier la vigueur des racines.

Le potager et les herbes, réservoirs oubliés

Laisser monter en fleur un pied de livèche, de fenouil, de carotte, de panais ou de poireau transforme un coin de potager en distributeur de pollen. Même chose pour la roquette et les choux qui montent : leurs petites fleurs jaunes et blanches sont assaillies par les syrphes.

Et si vous semez un engrais vert, préférez la phacélie ou le sarrasin dans les régions douces ; sous climat frais, un semis de septembre a peu de chances de fleurir avant les gelées, il servira surtout de couverture de sol.

Les floraisons de la toute fin de saison

Après les asters, quelques arbustes prennent le relais et méritent une place si vous avez un mètre carré de libre. L’Elaeagnus x ebbingei fleurit discrètement à l’automne avec un parfum puissant et attire énormément d’insectes par journée douce.

La bruyère callune, sur sol acide ou en grande potée de terre de bruyère, offre un tapis de nectar tardif.

Le mahonia, lui, prend la suite en plein hiver, au moment où une abeille sortie par douceur ne trouve rigoureusement rien. Côté bulbes, le colchique et le cyclamen de Naples fleurissent sans feuilles et se glissent au pied des arbustes.

Ces plantations se font maintenant, avec un arrosage copieux à l’installation même si le temps est humide : le but est de tasser la terre autour des racines. Si vous complétez votre massif en profitant des arrivages de plantes de jardin de la semaine, plantez dans la quinzaine qui suit l’achat plutôt que de laisser les godets sécher sur la terrasse.

Les gestes de septembre qui changent vraiment l’offre

Planter aide, mais ce qu’on s’abstient de faire compte souvent davantage.

  1. Retardez le grand nettoyage. Les tiges creuses d’ombellifères, de framboisier ou de sureau abritent des larves d’abeilles solitaires : coupez-les au printemps, pas maintenant.
  2. Laissez une bande non tondue, même étroite, le long d’une haie ou d’un muret. Les repousses de trèfle, de lotier et de pissenlit y fleurissent encore. Si vous devez malgré tout débroussailler, une machine adaptée et une coupe haute font moins de dégâts qu’un rabattage au ras du sol.
  3. Supprimez les fleurs fanées des cosmos, dahlias simples et sauges une fois par semaine : la plante repart au lieu de monter à graines.
  4. Conservez un carré de terre nue, bien exposé, sans paillage. La majorité des abeilles sauvages nichent dans le sol et ont besoin d’un accès direct.
  5. Proscrivez tout traitement sur une plante en fleur, y compris les produits dits naturels. Le savon noir et les pyréthrines ne trient pas les insectes.
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Les faux amis à repérer

Toutes les fleurs d’automne ne nourrissent pas. Les variétés à fleurs doubles ou en pompon — nombreux dahlias, chrysanthèmes de Toussaint, bégonias doubles — ont vu leurs étamines transformées en pétales : spectaculaires, elles n’offrent souvent ni pollen ni nectar accessible. En jardinerie, un cœur de fleur visible est le meilleur critère de choix.

Attention aussi à la verge d’or : la solidage ornementale de nos massifs est très butinée, mais les verges d’or d’origine nord-américaine se comportent en plantes envahissantes sur les berges et les friches, où elles étouffent la flore locale. Mieux vaut les contenir strictement, ou s’en passer au profit des asters.

Enfin, un doute légitime subsiste sur l’historique de traitement des plants horticoles. Demander l’origine, privilégier un producteur local ou une bouture d’un jardin voisin reste la façon la plus simple de ne pas introduire un problème avec la solution.

Ce qu’un jardin fleuri ne règle pas

Soyons honnêtes sur les limites. Un massif tardif bien fourni améliore la situation locale, il ne compense pas la disparition des milieux. Les abeilles sauvages ont besoin de sites de nidification — sol nu, talus, bois mort, tiges sèches — autant que de fleurs ; sans eux, la nourriture ne sert à rien. Les hôtels à insectes du commerce ne concernent qu’une poignée d’espèces cavicoles et se révèlent parfois des pièges à parasites quand ils sont trop denses et jamais entretenus.

Autre nuance : nourrir massivement l’abeille domestique ne profite pas automatiquement aux sauvages. Là où les ruches sont nombreuses, la concurrence sur une ressource rare d’automne peut jouer contre les espèces les plus spécialisées. La réponse n’est pas de moins planter, mais de diversifier les formes de fleurs et d’étaler les floraisons de septembre à mars plutôt que de concentrer tout sur une seule espèce généreuse.

Enfin, les résultats se lisent sur plusieurs saisons, pas en quinze jours. Si votre nouveau massif d’asters reste calme cette année, c’est souvent une question de maturité des touffes et de voisinage : observez plutôt le nombre d’espèces différentes, pas le volume de bourdonnement.

Retenez l’essentiel

  • Le lierre adulte en fleur constitue la principale ressource de nectar et de pollen de l'arrière-saison : ne le taillez pas avant la fin de l'hiver.
  • Les jeunes reines de bourdons doivent se nourrir avant d'hiverner seules ; les sauges arbustives et les asters tardifs leur sont directement utiles.
  • Les fleurs doubles ou en pompon, dont les étamines ont été transformées en pétales, n'offrent généralement rien aux butineurs.
  • Laisser les tiges creuses debout jusqu'au printemps et garder un carré de terre nue conditionne la nidification des abeilles sauvages.
  • Aucun traitement, même d'origine naturelle comme le savon noir ou les pyréthrines, ne doit être appliqué sur une plante en fleur.
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