Des traces blanchâtres et des trous irréguliers sur vos poireaux : avant de traiter quoi que ce soit, il faut savoir ce qu’on regarde vraiment.
La teigne du poireau laisse des signes précis, qui ne ressemblent ni aux dégâts de thrips, ni à ceux de la rouille, ni aux morsures de limaces. Voici comment trancher en quelques minutes, avec ce qu’on a déjà sous la main.
Sommaire de cet article
Les dégâts qui font croire à la teigne, mais qui n’en sont pas
Le thrips laisse des traces argentées et sèches le long des feuilles, un peu comme un givre qui aurait brûlé la surface. Pas de galerie, pas de crotte : si vous secouez la feuille au-dessus d’une feuille blanche, vous verrez tomber de minuscules insectes allongés. Ce n’est pas la teigne.
La rouille du poireau, elle, forme des pustules orangées et poudreuses, souvent en lignes. Elle n’ouvre pas de trou dans le limbe, elle le colore. On la reconnaît du premier coup d’œil et elle n’a rien à voir avec un ravageur mangeur de tissu.
Les limaces et certains mollusques créent des trous irréguliers, souvent la nuit, avec un filet de bave séché à proximité. Le contour est déchiqueté, pas en forme de galerie fine.
Enfin, le vent et la grêle fendent et effilochent les pointes des feuilles, mais sans jamais créer de tunnel interne ni de crottes noires.
Le vrai signe distinctif de la teigne reste la galerie translucide associée à des petites crottes noires visibles en transparence.
La méthode pas à pas pour confirmer la teigne
Pas besoin de matériel sophistiqué. Une bonne lumière naturelle et un peu de patience suffisent la plupart du temps.
- Observez la silhouette entière du pied : un cœur qui s’affaisse ou jaunit prématurément alerte déjà, même avant d’ouvrir une feuille.
- Repérez la feuille la plus marquée, généralement une feuille externe ou médiane, et déroulez-la doucement entre les doigts.
- Cherchez les petites crottes noires alignées à l’intérieur de la galerie : c’est le signe qui ne trompe pas, contrairement à une simple décoloration.
- Fendez la feuille dans le sens de la longueur avec un couteau fin, en suivant la nervure centrale, pour ouvrir la galerie sur toute sa longueur.
- Vérifiez le cœur de la plante si plusieurs feuilles sont touchées : une chenille peut avoir migré vers le centre, provoquant un début de pourriture molle autour du collet.
Le matériel minimal
- Une loupe de poche, utile mais pas indispensable en plein jour
- Un couteau fin ou un cutter propre, réservé à cet usage pour éviter de propager d’éventuelles maladies
- Une feuille blanche ou un petit bocal pour isoler ce que vous trouvez et comparer d’un pied à l’autre
Ce diagnostic prend rarement plus de cinq minutes une fois qu’on sait où regarder. L’astuce consiste à comparer plusieurs feuilles sur plusieurs pieds avant de conclure, car un seul trou isolé ne suffit jamais à affirmer quoi que ce soit.
Les repères visuels qui ne trompent pas
La chenille elle-même, quand on la trouve, est crème à vert pâle, longue d’environ un centimètre à un centimètre et demi selon son stade.
Elle se tient à l’intérieur du tissu, jamais à l’extérieur comme une chenille classique qui broute en surface.
Les galeries sont translucides et apparaissent nettement si vous tenez la feuille face au soleil : on distingue le tunnel creusé entre les deux épidermes, souvent accompagné d’un alignement de petites crottes sombres.
Les trous finaux, eux, sont allongés dans le sens des nervures et non ronds comme ceux d’un coléoptère. C’est cette forme allongée associée aux crottes internes qui permet de trancher sans ambiguïté. Si vous ne trouvez ni galerie ni crotte malgré des trous visibles, le coupable est probablement ailleurs.
Si les dégâts continuent malgré tout
Parfois le diagnostic reste flou, surtout sur des pieds déjà très abîmés par plusieurs facteurs en même temps. Dans ce cas, attendez deux jours et revérifiez la même feuille : si de nouvelles crottes fraîches apparaissent, la chenille est toujours active à l’intérieur. Si rien ne bouge, le dégât est probablement ancien ou dû à une autre cause déjà passée.
Comparez aussi avec les pieds voisins dans la même rangée. Une attaque de teigne touche rarement un seul plant isolé au milieu d’une planche saine ; elle progresse plutôt par foyers.
En cas de doute persistant sur un pied précieux, fendez le collet en coupe transversale : une odeur de pourriture ou une texture molle signale une infection secondaire qui a profité de la blessure initiale, même si la chenille a déjà quitté les lieux.
Une fois le diagnostic confirmé, retirez et détruisez les feuilles touchées plutôt que de les composter, pour limiter le cycle suivant. Traiter une chenille déjà installée dans la galerie ne sert à rien : elle est protégée par le tissu végétal. L’effort se porte donc sur la génération suivante, pas sur celle déjà en place.
Calendrier de vigilance et suite à donner
En fin d’été et au début de l’automne, une deuxième voire une troisième génération peut sévir selon les régions, juste au moment où les poireaux d’hiver prennent de la vigueur. C’est la période où la vigilance paie le plus, car les plants encore jeunes supportent mal des galeries répétées.
Pour la suite, un voile anti-insectes posé tôt sur les nouvelles plantations reste la parade la plus fiable, bien plus efficace qu’une intervention tardive sur des chenilles déjà abritées. Si vous cultivez vos poireaux aux côtés de pommes de terre, l’article sur la culture des pommes de terre et des poireaux dans votre potager détaille les rotations et associations qui limitent la pression des ravageurs d’une saison à l’autre.
Gardez aussi en tête que repérer tôt les tout premiers signes, avant que les galeries ne se multiplient, change beaucoup la suite de la saison. Un contrôle régulier, même rapide, vaut mieux qu’une inspection complète une fois le mal fait.
Retenez l’essentiel
- La teigne du poireau se reconnaît à des galeries translucides associées à de petites crottes noires visibles en transparence, jamais à de simples trous ronds ou à une décoloration sèche.
- Les dégâts de thrips (traces argentées), de rouille (pustules orangées) et de limaces (trous déchiquetés avec bave) se distinguent nettement des galeries internes de la teigne.
- Un couteau fin, une bonne lumière et éventuellement une loupe suffisent pour fendre la feuille et confirmer la présence de la chenille à l'intérieur du tissu.
- Si le diagnostic reste incertain, attendre 48 heures et vérifier l'apparition de crottes fraîches permet de savoir si la chenille est toujours active.
- Une fois la teigne confirmée, retirer et détruire les feuilles atteintes et poser un voile anti-insectes sur les nouvelles plantations protège mieux que tout traitement sur les chenilles déjà abritées.

